« Oui, tout était musique. »

Roger Baillet a composé cette fresque historique de 237 pages, publiée aux Éditions L’Harmattan, issue de la collection Amarante, du nom de Vivaldi ou l’évanescence de l’être.

Photo : DR

Le texte s’ouvre par la découverte d’un journal, dans l’ospedaletto de Venise, ancienne institution charitable, qui accueillait les démunis au XVIIIe siècle. La Piéta est destinée à recueillir les enfants abandonnés, depuis le XVIe. On suit le parcours d’un personnage principal, l’auteure de ces notes : une enfant prodige de six ans, Camille. De son arrivée dans cet orphelinat particulier en passant par ses relations avec les autres filles, les putte (terme à ne pas confondre avec la vulgarité de notre langue) des ospedali de Venise se dévouent à la musique, et c’est bien là tout le cœur palpitant du livre. Un terrible accident contraint Camille, qui, loin de ses camarades dissipées, semble brosser le portrait typique de la vierge : pieuse, travailleuse et peu intéressée par la révolte. Nous sommes vite plongés dans le quotidien des orphelines plus âgées que Camille et qui la guident : leur objectif commun se concentre essentiellement sur l’argent et les hommes, dans un cadre strict où tant de choses sont interdites !

La rencontre avec Antonio Vivaldi

Mais là où les autres cherchent ailleurs, Camille n’a d’yeux que pour ses supérieurs : bouleversée par des chants et célébrations, elle croise le chemin d’Antonio Vivaldi et c’est toute sa vie qui bascule. Le compositeur n’est pas seul dans le viseur de la jeune fille : il y a aussi Rosalba Carriera, personnage fort et figure maternelle du roman. L’exploitation de ce personnage, de cette peintre vénitienne accentue le message que l’on perçoit, au-delà des pages : le musicien émérite que le grand public connaît surtout pour ses 4 saisons n’a jamais été totalement seul, malgré son profil introverti et paisible. Et la compagnie qu’il tenait en respect, plus que toute autre était sans doute féminine et cultivée, précise dans l’approche de son art.

En dépit de la présence de ce monstre de prestige, la direction choisie par Roger Baillet est suffisamment subtile pour emporter le lecteur dans une vision certes moderne, mais réaliste d’une Italie résolument baroque, en proie aux instabilités politiques. Ainsi, Antonio Vivaldi est effleuré, sans jamais être exposé, lié à des dialogues centraux ou détaillés. Le risque est moindre : on sent le respect profond de l’écrivain pour ce Prete Rosso : anecdotes amusantes (et véridiques) se glissent au fil de la découverte et interpellent ceux qui se plongent à bras ouverts dans l’Histoire avec un grand H. L’apprentie de Vivaldi cultive une admiration sans borne pour ce père qu’elle n’a jamais eu. Cet amour de l’Art, elle le vit avec la passion des esprits libres : Camille est détachée de ce qui émeut les hommes et le « sexe fort » : dans son monde, la musique et la douceur d’une caresse sont plus palpables que le reste. Presque indifférente vis-à-vis de ces êtres bavards qui intéressent tant ses partenaires, Camille attendrit le lecteur. Loin d’être l’archétype faible que l’on peut retrouver dans certaines œuvres du genre, la gamine devient femme et se bat avec ferveur, tout au long de sa vie.

Un auteur passionné

L’histoire est séduisante et haletante, tout en finesse et en détail, grâce à la culture spécialiste et passionnée de l’auteur. Malheureusement, le journal de Camille n’est pas daté : on ne parvient pas à croire qu’il s’agit de lettres. Pourtant, nous en ressortons avec l’impression d’avoir réellement fréquenté ce lieu énigmatique. Alors, accrochez-vous : préparez-vous à un voyage dans le temps, mené par un écrivain absorbé par cette époque, qui la vit, qui la transporte, tout comme Vivaldi et Camille se laissaient posséder par la Musique !

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