Roster Con : Vous avez d’abord entrepris des études de
commerce avant de vous tourner vers le métier d’infirmière. Quel a
été le déclic ?
Anne Papas : A vrai dire j’ai suivi des études de
commerce parce que mon entourage m’avait convaincue de le faire. Je
me suis rendue compte que le genre de professions proposées dans ce
secteur d’activités ne me convenait pas.
J’avais constaté par ailleurs que le métier d’infirmier, s’il est très apprécié du public, est mal connu.
Comment est venue l’idée d’écrire « Astreintes
» ?
Après 8 ans d’exercice, juste avant de rentrer à l’école des cadres
de santé (2008), j’ai réalisé que je n’allais plus exercer le
métier d’infirmière, j’ai alors ressenti le besoin de relater mes
souvenirs professionnels. Mon intention n’était pas d’écrire un
livre, j’avais simplement envie de consigner les grands moments de
mon parcours. J’ai écris une cinquantaine de pages en quelques
jours, je me remémorais des évènements et des rencontres qui m’ont
marqués. A la lecture de mes écrits, Alex, mon mari, m’a suggéré de
continuer ce récit qui pourrait devenir un livre. C’est ce que j’ai
fait en l’enrichissant d’anecdotes afin d’illustrer des valeurs
soignantes, comme, par exemple, le respect de la pudeur ou de la
dignité. J’avais constaté par ailleurs que le métier d’infirmier,
s’il est très apprécié du public, est mal connu. Il existe très peu
de témoignages infirmiers sur le sujet. Écrire un livre devenait un
moyen d’expliquer la réalité de notre travail et les
responsabilités qui sont les nôtres.
Je l’ai proposé en 2011 à plusieurs éditeurs qui n’ont pas retenu ma proposition. Je l’avais rangé dans le tiroir de mon bureau, contente malgré tout de l’avoir écrit. En 2016, j’ai réitéré ma démarche auprès de deux éditeurs qui ont répondu favorablement à mon projet. Le travail réalisé avec l’équipe des éditions Rue de l’Echiquier pendant l’année 2016 est une belle aventure humaine qui prend, en ce début 2017, la forme d’un livre.
Vous évoquez plusieurs patients qui vous ont marqué
lorsque vous étiez infirmière à l’hôpital. En avez-vous revu
certains ?
Les patients revenaient dire bonjour à l’équipe soignante à
l’occasion d’un rendez-vous en consultation. Nous étions contents
de les revoir en forme. D’autres étaient ré-hospitalisés parce que
leur pathologie le nécessitait, cela relevait pour certains d’une
prise en charge de fin de vie. En dehors du cadre professionnel, je
n’ai revu aucun patient. Par contre, certains de mes très bons amis
furent d’abord des collègues avec lesquels j’aime parler de tout et
de rien, mais aussi de nos souvenirs professionnels et des patients
qui nous ont marqués.
Les anecdotes à l’hôpital sont nombreuses dans votre
ouvrage. Y a-t-il des choses qui vous ont également affectées
lorsque vous étiez à l’IFSI ?
Dans mon récit, plusieurs histoires se passent pendant mes études.
Le voyage en terre d’islam, la rencontre avec le petit Bienvenu ou
encore la découverte des maisons de retraite et des soins
palliatifs. J’ai bien d’autres histoires en tête, il m’a fallu
faire des choix sur le papier.
Je crois pouvoir dire que, dans les périodes difficiles, ce qui prévalait c’était une cohésion d’équipe autour de la prise en charge des malades.
Vous parlez beaucoup de la relation soignant-soigné.
Qu’en était-il de vos relations avec vos collègues / votre
hiérarchie ?
Je garde de bons souvenirs de mes relations avec mes collègues
infirmiers, les autres paramédicaux, les agents administratifs, les
médecins et l’encadrement.
Les relations étaient bonnes dans l’ensemble même si, comme je le
raconte, l’organisation des soins et de leur continuité n’est pas
une mince affaire. Je crois pouvoir dire que, dans les périodes
difficiles, ce qui prévalait c’était une cohésion d’équipe autour
de la prise en charge des malades.
Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent se
lancer dans cette profession ?
Je dirais qu’il faut avoir envie de l’embrasser. Les trois années
d’études requièrent un travail sérieux et régulier. C’est une
profession exigeante pour laquelle il faut un sens certain des
responsabilités, des connaissances solides, de bonnes capacités
d’observation et d’analyse. Le livre raconte les contraintes de ce
métier, les relations intenses et profondes que l’on noue avec les
autres (les patients comme les collègues). Pour toutes ces raisons,
c’est de mon point de vue un métier singulier, un des plus beaux du
monde.






